Cash Investigation retrace la fabrication de nos mobiles

 

Les secrets inavouables de nos téléphones portables - Cash Investigation

La part d’ombre de nos téléphones dévoilée au coeur d’une enquête haletante sur France 2

           Le 04 novembre dernier, France 2 diffusait dans son mensuel télévisé «Cash Investigation » une enquête inédite de plus d’un an sur les conditions de productions de nos téléphones portables. Des chiffres, des preuves, des évidences, des confrontations musclées. Des vérités. Elise Lucet et son équipe retracent, deux heures durant, un jeu du chat et de la souris tumultueux pour débusquer les stratèges litigieux des multinationales du téléphone portable. Retour en quelques lignes, sur un événement médiatique qui pourrait faire changer les choses.

        57 téléphones vendus à la seconde dans le monde, 1,8 milliard par an. Si un marché ne connaît pas la crise, c’est bien celui de la téléphonie mobile. Et comment, à 2,38 € de main d’œuvre en moyenne par Smartphone pour un prix de vente oscillant entre 500 et 900 euros, il y a de quoi assurer aux grandes entreprises une concurrence inébranlable.

Les normes sociales et environnementales bafouées

         Car, comme chacun se l’imagine, la plupart des pièces ne sont pas produites là où les consommateurs les achètent. Sinon, certains de ces derniers seraient vraisemblablement de retour sur le marché de l’emploi. On y découvre au fil des minutes le nerf de la guerre du business de ces géants industriels, ce pour quoi ils sont prêts à tout, la main d’œuvre et l’obtention des matières premières.

        « Les enfants sont plus faciles à contrôler dans les usines. Ils sont plus disciplinés, on peut leur donner des ordres bien plus facilement ». C’est ce que confie Quan Meng, sociologue en Chine, en réponse aux constats de Cash Investigation sur le travail des enfants, entre 13 et 16 ans dans une usine chinoise de production d’écrans.

    De jour comme de nuit, à une cadence de 13 heures par jour et un salaire de 160 euros par mois pour 2 jours de congé, ces enfants assemblent des écrans pour les multinationales Wiko, Alcatel One Touch et Huawei, deuxième vendeur mondial.

Cette jeune fille de 13 ans nettoie des écrans 13 heures par jour dans l’usine LCE, à Nanchang

Cette jeune fille de 13 ans nettoie des écrans 13 heures par jour dans l’usine LCE, à Nanchang, Chine.

        A quelques dizaines de kilomètre sur la rive nord à Baotou, se profile la plus grande mine de Néodyme, la matière première utilisée pour les aimants de nos appareils (vibreur, micro, haut parleur, caméra). On y réalise 97% de la production mondiale.

    L’usine Baogang, qui comporte LG et Sony dans ses clients principaux, produit 1 tonne de déchets radioactifs et 75 000 litres d’eau acide déversés pour 1 tonne produite.

        Bain d’acide, métaux lourds, soudes, autant de pollution hautement préjudiciable à la population locale qui voit son eau potable devenir multicolore et son espérance de vie passer sous les 40 ans, par un développement des cancers sans précédent. Classé secret d’Etat, les reporters se verront pourchassés par les services secrets chinois à la suite de leur intérêt pour le site.

Nos mobiles souillés par l’exploitation de minerais

        Si le terrain de prédilection de ces géants du mobile les ramèneront bien souvent aux frontières de l’Empire Celeste, c’est en République démocratique du Congo qu’ils vont constater leur appétit de matières premières, au travers de ce que l’ONU appelle les « Minerais de sang ». C’est pour fournir leur condensateur en tantale, matière stockant l’énergie, résistant à la chaleur et permettant au téléphone de conserver ses données, que les industriels du mobile s’intéressent aux filiales congolaises, qui possèdent 80% des réserves de ce minerai.

        C’est l’exemple saisissant donné avec la mine de Rubaya, dans laquelle travaillent 3000 personnes jour et nuit pour extraire du tantale.

    A 30 mètres sous terre, par 43 degré suffocant, 12 heures par jour, pour 5,50€ le tout, de jeunes adolescents congolais empruntent les galeries aux éboulements quotidiens, faisant 50 cas de mineurs accidentés et des dizaines de morts par mois. Des « morts fantômes », qui disparaissent dans l’indifférence générale.

        Samsung, qui écoule 300 millions de Smartphone par an grâce à l’exploitation de ces mines, bloque les enquêtes en prévenant leurs sous traitants des contrôles, comprennent nos yeux effarés sous les analyses du laboratoire Chanel Labor Watch.

Mine de Rubaya, en République démocratique du Congo.

Mine de Rubaya, en République démocratique du Congo.

        Des morts bien plus encore, entre 3 et 5 millions cette fois, c’est le résultat d’une guerre sanglante déclenché depuis 20 ans au Congo pour s’accaparer le contrôle du sous sol congolais, riche en minerai. Les casques bleus de l’ONU luttent depuis des années pour rétablir la paix. Mais de leur propre aveu, leurs forces seront insuffisantes s’ils ne sont pas aidés par les multinationales.

    Car ces « minerais de sang », qui financent des groupes armés, fournissent la maison mère d’un géant chinois du secteur Mim metal, qui par l’une de ses filiales approvisionne massivement de gros clients, comme Apple.

        Si, depuis 2010 aux Etats Unis, les multinationales sont tenues à la transparence face à l’utilisation de ces minerais dans leur production par une loi durement acquise sous l’administration Obama, l’Union Européenne laisse aux siennes la possibilité « de choisir d’être responsable ou non ». Le commissaire européen au commerce Karel de Gucht nie toute forme de pression sur la décision de la commission quand au faible contenu de cette législation et met fin prématurément au questionnement incommode de Cash Investigation.

                Car non, ce n’est pas les barrières incessantes qui entravent les recherches des journalistes, l’âpreté de leurs conditions d’immersion, les rejets indécents des grands patrons et leurs équipes de communications à leurs rares approches qui feront de ce documentaire une vaste imposture. Pas plus que la réaction de Bill Gates, qui jouit pourtant d’une image plus favorable par la création de ses ONG, mais qui reste totalement impassible aux questions concernant les mobiles Microsoft, lors d’une conférence de presse sur sa fondation humanitaire. Pas moins non plus l’invitation fraichement payée de journalistes courtisans aux présentations officielles des grandes firmes de la téléphonie mobile, comme nous le découvrons à Barcelone.

        Le fil conducteur de ce Cash Investigation, édifiant et salutaire, ne nous y trompe pas : si la lumière et la transparence sont faîtes au près des consommateurs, les multinationales, plutôt que de fuir les enjeux humains, devront enfin prendre acte de leurs terribles passe-droits.

2 thoughts on “Cash Investigation retrace la fabrication de nos mobiles

  1. Maryelle grastilleur

    Bravo à Elise Lucet mais également à sa chaîne qui permet la diffusion de ses reportages. Ce n’est pas le cas de tous les Médias dits  » de grande écoute « . Mon témoignage en direct, pour une toute autre affaire, a été écourté puis censuré, en direct sur R.T.L le 25 mars dernier. J’y consacre un post sur mon profil fb.
    Merci à vous.

    Reply

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