Le Féminisme est-il un combat perdu d’avance ?

        D’avancées en reculades, le gouvernement tergiverse sur la question de l’égalité des genres. S’affichant volontiers comme initiateur de la parité, de l’égalité et de la lutte contre les stéréotypes, l’exécutif peine à installer les progrès tant souhaités. Plus inquiétant encore, le débat tend à se polariser autour des mouvements féministes : les femmes françaises seraient-elles suffisamment bien loties pour en laisser la propriété à une poignée de militants, d’un côté comme de l’autre ? Faut-il impérativement, dès lors que l’on s’interroge sur la place des femmes dans la société, être uniquement taxé de FEMEN-iste ou de Chienne de Garde?

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Les ABCD de l’égalité ou la promesse d’une éducation moins stéréotypée

        La lutte contre les stéréotypes de genre se révèle être un dessein ambitieux et difficile à ancrer dans les mentalités. Si les réformes cadres du gouvernement étaient légitimes et essentielles, elles ne se sont pas imposées en tant que telles aux yeux de l’opinion publique.

       En 2013, alors ministre du droit des femmes, Najat Vallaud Belkacem programme les ABCD de l’égalité. Ce dispositif pédagogique vise à combattre les inégalités entre filles et garçons dans l’enseignement. Initié dans 600 classes de 275 écoles publiques de la maternelle au CM2, il prévoit de s’attaquer aux inégalités de genre à l’école. « On ne naît pas femme, on le devient » disait Simone De Beauvoir. Les ABCD de l’égalité n’avaient donc pas vocation à se défaire des différences naturelles et physiques entre hommes et femmes mais à amoindrir ces freins culturels et sociaux qui cadrent et régissent leurs relations. Par la volonté d’encourager les élèves aux jeux mixtes, non sexués, l’exécutif dénonce un fait vérifié : filles et garçons ont des attitudes scolaires différentes.

        Alors qu’on encourage les filles à des comportements assidus et scolaires, on valorise chez les garçons une attitude plus vive, plus ouverte. Ces expressions jouent un rôle important dans le choix d’orientation des élèves et in fine dans leur construction d’adulte.

Féminisme-sacha        Avec ce projet, le gouvernement s’est violemment heurté à la volonté d’une minorité de réfractaires. Dans la lancée de la « manif pour tous », les esprits chagrins reviennent battre le pavé et clamer leur amour d’une sacro-sainte famille traditionnelle où les rôles prédestinés par le sexe demeurent statiques et immuables. Les opposants prônent un retour de la femme au foyer, contestent le droit à l’IVG et lancent une vaste campagne de désinformation sur le contenu des ABCD de l’égalité. Ce module prônant l’égalité servirait en fait la théorie des genres, les élèves recevraient des cours de masturbation en classe… Face à l’ampleur de la polémique, le gouvernement abdique. Les ABCD de l’égalité se refondent dans un cadre plus consensuel. Ce qui devait être une réforme cadre et appliquée à toutes les écoles se transforme en une boite à outils mise à la disposition de l’enseignant qui s’y intéresse. Ce premier recul donne à réfléchir sur deux points :

- le fait de devoir s’interroger sur le droit des femmes à disposer de leur corps, 38 ans après le vote de la Loi Veil, prouve que le féminisme n’est pas un combat gagné de toute pièce mais bien un ensemble de luttes et de victoires arrachées par quelques-unes. Et à rappeler constamment ;

- d’autre part, la mise sous tutelle du débat par un ensemble de corporations. Comment en effet expliquer que les lobbies traditionalistes prennent autant de place dans le débat alors qu’ils sont minoritaires? Bien entendu, leur voix s’oppose à celle des associations féministes et d’une poignée d’irréductibles. Mais qu’advient-il du reste de la population ? Les citoyens se désintéresseraient-ils de l’égalité entre les sexes ?

Les entreprises de moins en moins responsables face à la parité

         Deuxième exemple édifiant, François Rebsamen, ministre du Travail, publiait dernièrement son projet de loi sur le dialogue social. Cette loi prévoit, entre autre, de simplifier le dialogue entre salariés, représentants syndicaux et patronat. Dans une volonté de simplification, cette réforme supprime le « rapport de situation comparé » instauré par Yvette Roudy, première ministre du droit des femmes en 1983. Ce rapport engage les entreprises de plus de 300 salariés à déclarer des chiffres concis sur l’état de l’égalité hommes/femmes. L’égalité au sein de l’entreprise est évaluée selon des critères précis : écarts de salaires, répartition des promotions, du temps de travail… Et les entreprises qui ne respectent pas la parité se voient imposer une pénalité financière. Or, ce projet de loi laisse désormais les entreprises libres de décider elle-même des critères qu’elles appliquent pour l’égalité.

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        Et pourtant l’égalité professionnelle est loin d’être acquise. Elle justifierait que l’Etat s’en préoccupe davantage en imposant un cadre égalitaire aux entreprises. En réaction à ce projet de loi, l’association « Osez le Féminisme » lance une pétition, le 11 mai 2015, en rappelant ces quelques chiffres :

        « En France, en 2015, les femmes touchent 27% de salaire en moins que les hommes, 1 sur 3 travaille à temps partiel, elles sont majoritaires dans les métiers les moins bien rémunérés, aucune femme n’est à la tête d’une entreprise du CAC 40, elles touchent 40% de retraite en moins et 1 sur 5 est victime de harcèlement sexuel en entreprise ».

        Et à nouveau, les seules voix à s’élever sont celles des associations féministes : des Femens, des Chiennes de Garde… La pétition peine à regrouper 43 000 signataires. Avec 13,3 millions de femmes actives en France, le nombre de concerné(e)s parait minime.

        C’est ainsi que les luttes féministes restent souvent l’apanage de quelques-unes, comme si l’égalité homme-femme était une affaire acquise, ne nécessitant point d’être mieux défendue. Car si des évolutions favorables à l’égalité peuvent être constatées, comme c’est actuellement le cas pour les ABCD et la réforme du dialogue social, elles restent majoritairement insuffisantes et ne le doivent qu’aux réactions de groupes féministes. Certaines idéologies conservatrices profondes, souvent rattachées aux dogmes religieux, viennent trop souvent freiner une nécessaire et salutaire prise de conscience. Mal représentée au sein de l’opinion publique, la lutte pour l’égalité des sexes demeure insuffisamment initiée. Car doit-on se contenter des combats menés courageusement par les associations féministes si l’égalité est bien l’affaire de tous?

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