Climat : le lièvre écologique sous bienveillance économique

 

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Les lobbies restent garants de leurs intérêts économiques alors que le réchauffement climatique connaît une nouvelle accélération

        Alors qu’un nouveau rapport environnemental accablant pour les responsabilités humaines vient d’être dévoilé le 02 novembre dernier à Copenhague, la France se prépare à accueillir le prochaine conférence sur le climat en fin d'année 2015. Un sommet sous haute tension qui restera historique, dans le meilleur comme dans le pire des scénarios.

        C’est à peu près à chaque fois la même histoire pour le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). En réponse à de nouveaux rapports de haute volée scientifique, toujours plus précis et rigoureux, qui condamnent l’impact humain sur son environnement avec une clarté déconcertante, des accords internationaux « a minima » sont encore bricolés, comme tout récemment lors de la dernière conférence de Lima, au Pérou. « Les gouvernements à Lima ont fait le strict minimum pour garder le processus de négociation multilatéral en vie » déplore Mary Robinson dans le journal Le Monde, envoyée spéciale des Nation Unies, le 14 décembre dernier. De quoi s’inquiéter du sort de la conférence française.

La communauté scientifique prévient inlassablement

          Car ce groupe d’experts, comme tant d’autres, n’en est pas à son premier coup d’essai : son dernier rapport, le cinquième depuis sa création en 1988, réévalue les impacts négatifs de nos modes de production sur notre environnement. Le bilan de ces nouvelles conclusions scientifiques, compilant les 20 000 études de quelques 800 chercheurs, s’aggrave lourdement :

    « Le réchauffement du système climatique est sans équivoque et, depuis les années 1950, beaucoup de changements observés sont sans précédents depuis des décennies voire des millénaires. L’atmosphère et l’océan se sont réchauffés, la couverture de neige et de glace a diminué, le niveau des mers s’est élevé et la concentration de gaz à effet de serre a augmenté. » 5e rapport du GIEC, novembre 2014.

        Dans un laps de temps infiniment court, les épisodes les plus couteux et démesurés sont venus interférer à l’épicentre des organes vitaux du globe terrestre. L’anthropocène, terme popularisé par le prix Nobel de chimie 1995 Paul Crutzen, désigne cette nouvelle ère géologique débutée lors de la révolution industrielle au début du 19ème siècle, et dont le marqueur est l’influence de l’Homme sur le système terrestre. Jean-Baptiste Fressoz, interrogé le 03 août dernier dans le Figaro, nous ramène à une mise en perspective vertigineuse :

    « L’impact de l’être humain est aussi dévastateur que celui de l’astéroïde qui a mis fin aux dinosaures il y a 65 millions d’années ». Jean-Baptiste Fressoz, co-auteur avec Christophe Bonneuil de « L’évènement Anthropocène ».

         La publication par le Global Carbon Project (GCP) du bilan des émissions de C02 pour l’année 2013 présente une nouvelle hausse de 2,3 % soit 36 milliards de tonnes de plus : « La hausse des émissions de dioxyde de carbone (CO2) se poursuit à un rythme effréné et coïncide avec le plus pessimiste des quatre grands scénarios de développement imaginés par la communauté scientifique » déplore le journal Le Monde le 21 septembre 2014. En poursuivant la cadence, l’augmentation des températures moyennes à la surface de la planète pourrait atteindre 4,8°C à l’horizon 2100. Le niveau de l’eau, qui avait pris pour habitude de monter de 0,1 millimètre par an lors des trois derniers millénaires, pourrait augmenter cette fois de 0,90 mètres d’ici 2100, condamnant 200 millions de personnes à se déplacer. En prime, la liste rouge de l’UICN (union internationale pour la conservation de la nature), prévoit qu’« un mammifère sur quatre, un oiseau sur huit, un tiers des amphibiens et 70% des plantes évaluées seraient en péril », rapporte le magazine Maxisciences.

        C’est au Global Footprint Network (GFN) qu’il incombe de faire l’addition générale du traitement de nos ressources et mesurer ainsi notre dette écologique. Tout comme nous calculons, à travers nos relevés bancaires, les limites de notre budget, cet organisme fait de même avec le budget écologique de la terre. Il fournit de la sorte « un bilan comptable de la demande de l’humanité en ressources et services naturels comparée à la capacité de la planète à les fournir ». Le « Earth over shoot day », c’est à dire le jour du dépassement du budget écologique annuel fixé pour notre planète, a été atteint le 20 août 2014. Nous vivons donc, depuis le 21 août 2014, à crédit auprès de la nature :

    « En seulement huit mois, l’humanité a consommé la totalité du budget écologique annuel de la Terre ». Global Footprint Network, bilan 2014.

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Prochain sommet sur le climat en France : un engagement enfin contraignant ?

        Car lorsque que l’ensemble des « affaires » commerciales privées s’inscrit dans un cadre juridique intransigeant, l’enjeu environnemental n’est lui constitué, la plupart du temps, que de « soft law », c’est à dire un droit mou sans force juridique contraignante. Les accords successifs se cantonnent davantage à un rayonnement symbolique à minima qu’à une vrai force de loi dans des pays souverains.

        Et c’est bien toute l’étendue du problème de ce nouveau sommet, à l’issue cruciale, organisée par la France fin 2015. L’objectif est de taille : 195 états (une première) devront signer un accord global juridiquement contraignant dont l’objectif est de limiter les changements climatiques en cours de siècle à 2 degrés. Ce qui implique, toujours selon le GIEC, de laisser 80% de nos énergies fossiles sous terre en affichant clairement le choix de doper nos énergies renouvelables. Le coût de cette transition énergétique, évalué à 100 milliards de dollars par an à compter de 2020, est pour l’instant pris en compte à hauteur de 2,5 milliards par les Etats.

        Considérant le poids des dettes publiques et le courant d’orthodoxie budgétaire qui vise à les réduire (à lire dans notre dossier économie), les chances de réussites résideront bien plus dans la capacité des états à mettre en oeuvre des financements innovants. La taxe sur les transactions financières et la taxe carbone notamment, si elles sont approfondies, permettraient enfin aux grands pollueurs de régler leur juste dette. Mais, selon Nicolas Hulot, la vraie « cagnotte », bien plus importante et très concrète, nécessiterait une forte impulsion politique lors de la conférence française :

    Chaque année la communauté internationale alloue en subventions ou en exonérations aux énergies fossiles 650 milliards de dollars. Si l’on amorce le basculement de ces fonds aux énergies renouvelables, à la transition énergétique et à l’aide des pays du Sud, alors pourraient se dessiner les contours d’un premier succès contraignant mondial sur le climat. Nicolas Hulot, dans l’émission ONPC, le 20 décembre 2014.

        Evidemment, les pessimistes ne croient pas à un pas de la Chine et des Etats-Unis. Mais outre les éclaircies entrevues entre les deux grands pollueurs lors d’un récent accord symbolique au G20 de Brisbane, le coût géographique et financier a pris une ampleur de taille à les faire réagir. Entre 1980 et 2012, le coût des catastrophes naturelles aux Etats-Unis est passé de 2 à 200 milliards de dollars. Les militaires outres atlantiques, parmi les plus climatos conscients, « considèrent désormais que la menace climatique pèse autant sur la sécurité intérieure que la menace terroriste » rapporte Nicolas Hulot.

        L’Europe aura également fort à faire si elle veut envoyer un signal déterminant. Les yeux rivés sur le compteur de la dette publique, la France et l’union européenne approfondissent encore les politiques néolibérales, que l’on sait incompatibles avec la transformation écologique. Le chantage de la compétitivité vient constamment brandir la carotte de l’emploi pour nous soumettre à une course effrénée au productivisme, qui ne sait tenir pour autant la promesse de réduction du chômage. Acclimaté à la loi de l’offre et de la demande, le système initié dans les traités écologiques, qui vise à faire s’échanger un quota de « droits à polluer », a vu son prix s’effondrer de 35 à 5 euros, par la seule « main invisible » du marché. Une breloque.

        Pour que ce nouveau sommet n’édifie pas une nouvelle façade internationale, la transition écologique ne pourra se résumer à la « somme des intérêts particuliers », chère à la théorie anglo-saxonne, et gouvernail des intérêts mondiaux. La lutte environnementale suppose bien plus d’audace dans son action, de transversalité dans son approche et d’intérêt général dans sa logique. Au tour de la France de s’employer à faire bouger les lignes.

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One thought on “Climat : le lièvre écologique sous bienveillance économique

  1. sacha

    Difficile d’expliquer à M. Goldman Sachs que la priorité de la France (ou des autres pays) n’est plus de lui verser l’équivalent du budget de l’éducation nationale en intérêt de dette, mais que la nouvelle priorité nationale est la transition écologique.
    La transition écologique n’a aucune chance tant que le capitalisme ne se sera pas écroulé.

    Reply

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