Le Fairphone 2 sur les rails d’un engagement solidaire

 

Fairphone 2

Photo: caroline roux. Le Fairphone, premier téléphone équitable commercialisé.

        En dévoilant ses principaux objectifs pour 2015, la coopérative néerlandaise souhaite pérenniser une démarche équitable de mieux en mieux accueillie par les consommateurs.

        Un succès au delà de ses espérances a rapidement permis à l’entreprise de poursuivre le processus entamé avec la fabrication de son Fairphone, premier smartphone à intégrer des considérations éthiques dans sa logique de production. Avec l’annonce du Fairphone 2, la jeune équipe veut répondre à des exigences de transparence toujours plus élevées et mettre en place de nouveaux dispositifs pour mesurer son impact social et environnemental.

Le pari réussi de la démarche éthique

        Ayant écoulé l’intégralité de sa production (60 000 appareils vendus), la firme dispose aujourd’hui du crédit et des appuis nécessaires pour franchir une nouvelle étape. Pour promouvoir ses ambitions « fair », elle peut s’appuyer sur davantage de « capacité, de crédibilité et de partage des savoirs » et accroître son influence, souligne Bas van Abel, fondateur de Fairphone en janvier 2013. Le Fairphone 2 sera disponible en précommande dès mi-2015 en Europe. Son design sera réalisé intégralement au sein de l’entreprise, ce qui n’était qu’en partie le cas pour sa première version et sa collaboration avec une plateforme existante. La stratégie de l’entreprise mise sur l’innovation dans la durée, la réparabilité et la recyclabilité du téléphone, dans un environnement commercial où de plus en plus d’utilisateurs s’interrogent sur la durée de vie raccourcie de leurs appareils. Une ambition à nouveau martelée par le créateur de la marque le 12 février dernier : « Plus un téléphone dure, moins il crée de déchets, moins il requiert de ressources ».

        Les dysfonctionnements, notamment ceux liés à la batterie des smartphones, ont en effet découragés certains clients, incités au contraire à acquérir un nouveau modèle plus rapidement qu’ils ne l’avaient prévu. Ce à quoi répond parfaitement la logique Fairphone avec ses multiples composants disponibles en pièces détachées et des tutoriels accessibles gratuitement sur la plateforme partenaire « ifixit » pour procéder à un remplacement soi-même : batterie, capteur photo, écran tactile, boutons…

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        Une approche totalement différente de la production classique de l’industrie du téléphone portable qui se vérifie jusque dans le financement du projet, basé sur le « Crowdfunding » (financement participatif) dans lequel les consommateurs ont acheté leur produit à l’avance. « Nous nous sommes dit : si nous parvenons à faire 5 000 réservations, nous démarrons la production. Nous en avons vendus 10 000 en trois semaines et c’était très effrayant car c’était 10 000 personnes qui avaient achetées des smartphones qui n’existaient pas, à une entreprise qu’elles ne connaissaient pas, et qui elle-même n’en avait jamais encore produit », détaille Bas van Abel lors d’une conférence au TEDxAmsterdam le 6 novembre 2013. La coopérative de 42 employés, à la parité exemplaire (21 hommes, 21 femmes), a ainsi tout misé sur sa démarche, qu’elle considère comme un outil destiné à faire évoluer les pratiques. Les conditions sanglantes lors de l’extraction de minerais essentiels aux smartphones en République démocratique du Congo (RDC), semblent aujourd’hui valider le choix de cette perspective. Approuvée par une forte hausse de la demande éthique, cette initiative constitue un passage à l’acte salutaire. Et l’on ne peut la dissocier de l’analyse du résultat final.

Le Fairphone sur la dynamique d’une consommation responsable

        Car il faut bien le rappeler, les caractéristiques techniques du premier Fairphone commercialisé ne peuvent constituer une façade suffisamment attrayante face aux concurrents de la gamme. Le téléphone est plus épais (10mm), plus lourd (162 g) et le processeur quadricœur à 1,2 Ghz connaît parfois de légers ralentissements face à l’utilisation de certaines applications gourmandes, notamment des jeux. Son appareil photo de 8 méga pixels donne un rendu très correct, mais bien inférieur aux nouvelles prouesses technologiques adverses. Sa connectivité se limite au Wi-Fi standard, au Bluetooth et à la 3G, le logiciel système utilise l’ancienne version Jelly Bean d’Androïd. L’appréciation d’ensemble demeure très agréable, la prise en main aisée, avec l’avantage d’une batterie qui permet une longévité d’utilisation peu explorée par la concurrence. A moins d’être un puriste technologique, la grande majorité des utilisateurs (vidéos, photos, mails, navigation internet, applications populaires) ne se trouvera pas affectée par ces propriétés de base plus réduites.

        Pour la sortie de son deuxième appareil, la firme prévoit d’intégrer la 4G pour son aspect durable mais également de mieux informer le consommateur : «  Nous souhaitons aller plus loin dans la chaîne d’approvisionnement et donner plus de visibilité sur qui produisent nos composants clés, dans quelles conditions et avec quels matériaux », insiste Bas van Abel. « Concrètement, il nous provient de l’étain et du tantale des mines sans conflit en RDC. Nous avons créé un fonds d’aide aux travailleurs sur notre site de production en Chine et contribué à un système de collecte des déchets électroniques au Ghana qui nous a permis de recueillir près de 75 000 téléphones en fin de vie », ajoute t-il. Le blog officiel du smartphone détaillera l’intégralité du processus de production, encore plus pertinemment qu’il ne l’a fait lors de sa première production.

        Ce mouvement favorable au Fairphone trouve un écho plus général en Europe avec le développement de la consom’action, logique visant à responsabiliser et penser ses achats en fonction de leur caractère juste et durable. Cette vision fait peu à peu évoluer la relation entre les personnes et leurs achats. De nombreuses enquêtes d’opinion témoignent de l’essor de ces nouvelles pratiques et rappellent une croissance très nette du chiffre d’affaire du commerce équitable, multiplié par 35 lors de la dernière décennie. Ce lien éthique est fortement entretenu par les réseaux sociaux et le dialogue rassure de plus en plus de consommateurs. « Nous sommes encore une entreprise sociale indépendante, et nous savons que nous devons beaucoup à notre communauté pour cela » observe Tessa Wernink, directrice de la communication.

        Pionnier dans le domaine de la téléphonie mobile durable et responsable, le Fairphone 2 bénéficie déjà d’un terreau pour le moins propice avant même sa première commande.

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Photo: caroline roux.

3 thoughts on “Le Fairphone 2 sur les rails d’un engagement solidaire

  1. DERRIEN Corinne

    Bonjour, je suis inscrite depuis plusieurs mois sur le site de Phairphone afin d’acquérir le téléphone dès sa commercialisation. Le problème, est que je ne sais pas si mon inscription est bien prise en compte et mon niveau d’anglais ne me permet pas d’avoir suffisamment d’informations sur le site.
    Si quelqu’un à déjà acquis le Phairphone, comment cela c’est passé ? Merci CD

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    1. ambroise pelux

      J’ai acheté un FP en mars 2014, je ne l’ai reçu q’en août … C’est un peu long mais il ne faut oublier que c’est une toute petite coopérative et que ce travail demande énormément d’organisation. Normalement, tu peux aller voir sur le site de Fairphone où en est ta commande et ils t’envoient régulièrement des mail pour te tenir au courant (~1 par mois). Moi non plus, mon niveau d’anglais n’est pas très bon, mais je me suis aidé de google traduction.
      Ne perd pas patience, ce téléphone existe belle et bien, ce n’est pas un rêve ^^ Même si ton entourage est peu sceptique.

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