Les nouveaux réfugiés climatiques

 

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New-York, janvier 2015. Le réchauffement climatique augmente les épisodes extrêmes, de plus en plus fréquents en Amérique du Nord.

        2014 a été l’année la plus chaude de l’histoire de l’humanité, et les effets s’en font ressentir aux quatre coins du globe. Les phénomènes extrêmes s’intensifient partout et touchent désormais de nouveaux réfugiés climatiques. A quelques mois de la conférence de Paris sur le climat, l’atmosphère est inquiétante autour d’un accord devenu indispensable.

L’Amérique du Nord soumise à des variations extrêmes

        Quand on parle de réfugiés climatiques, on pense immédiatement aux îles qui disparaissent dans l’océan en raison de la montée des eaux, comme les îles de Kiribati, ou aux sécheresses historiques, comme celle qui frappe la Californie depuis maintenant trois ans, la pire depuis 120 ans. Pourtant, la communauté scientifique est unanime : la montée des températures amplifie les phénomènes météorologiques extrêmes, et augmente drastiquement le nombre de réfugiés climatiques partout dans le monde, y compris dans les terres. Le U.S. National Climate Assessment a publié une carte de l’évolution des épisodes de précipitations extrêmes (neige et/ou pluie) aux Etats-Unis. Celle-ci montre une augmentation très forte des effets du réchauffement climatique sur le territoire, avec des tempêtes de neige, blizzards ou épisodes de froid extrême, en plus des canicules, sécheresses ou cyclones.

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Evolution des phénomènes de précipitation extrêmes aux Etats Unis depuis 1958.

        Le nord-est des Etats Unis et l’est du Canada sont les zones les plus exposées à ces épisodes extrêmes, et 2014 et 2015 en sont les exemples. Des masses d’air glaciales redescendent plus fréquemment de l’arctique, causant des refroidissements jusqu’en Floride où l’on a relevé des températures négatives à l’hiver 2013-2014. Cet hiver a été le plus froid depuis 60 ans au Québec, et 2015 s’annonce encore plus terrible, à l’image du mois de février désigné le plus glacial de son histoire avec des pointes à -40°C.

        Dans la même période, la côte Est des Etats Unis est passée au travers de plusieurs épisodes de blizzard. La ville de New York a été contrainte de fermer ses rues pendant 24h en janvier 2015, opération qui lui a coûté plusieurs centaines de millions de dollars. Boston a dépassé en à peine 15 jours (les 15 premiers de février 2015) son record mensuel de chute de neige (1m15). En état d’alerte, c’est l’armée qui est venue prêter main forte pour ressortir la neige de la ville. Ces nouveaux réfugiés climatiques vivent dans des conditions de plus en plus difficiles, et doivent être souvent évacuées de leurs domiciles à cause des coupures d’électricité et du froid extrême.

Un coût humain et financier considérable

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Le typhon Haiyan aux Philippines a donné lieu à des vents chronométrés jusqu’à 315 Km/h.

        Ajouté aux risques humains et environnementaux, les phénomènes extrêmes liés au réchauffement climatique représentent aussi un coût financier exorbitant. Les catastrophes violentes, comme le typhon Haiyan aux Philippines (4000 morts), ou les tornades dans le midwest des Etats-Unis ont montré de façon spectaculaire et dramatique la nécessité d’une gestion des risques environnementaux.

      « les pertes et les dommages occasionnés pour les catastrophes naturelles ont augmenté au cours des trois dernières décennies ». Leur coût annuel moyen est passé d’environ « 50 milliards de dollars au cours des années 1980 à 200 milliards sur la dernière décennie. » Banque Mondiale.

        En 30 ans, ce serait ainsi « plus de 2,5 millions de personnes victimes de ces catastrophes météorologiques et 3800 milliards de dollars évaporés », selon la compagnie d’assurance allemande Munich Re. Les trois quarts de ces phénomènes extrêmes seraient dus au réchauffement climatique. L’Europe, moins frappée que le continent asiatique ou Nord américain, a aussi connu une recrudescence de ces cadeaux du ciel. En Allemagne et en Europe de l’Est (Autriche, République Tchèque, Suisse), les inondations de mai 2013 se sont chiffrées à plus de 12 milliards d’euros. En France, les récents épisodes de pluies extrêmes dans le Gard, l’Aveyron ou l’Hérault (Sud-Est) ont également provoqués d’impressionnants dégâts, avec une facture de plusieurs millions d’euros pour la seule ville de Montpellier.

Paris climat réfugiés climatiques

 

Accord de Paris : du chemin reste à faire

        En privilégiant une approche à un horizon de court terme, visant en grande partie aux dédommagements matériels, la majorité des responsables politiques du monde n’envisage pas une réorientation durable de leurs sociétés pour autant. Illustrant ces controverses, le sénat américain, demeure toujours aussi frileux lorsqu’il s’agit de prendre acte de l’impact des activités humaines sur le réchauffement. Une récente résolution en ce sens a encore été rejetée par les républicains : «Quelle arrogance de dire que l’homme est capable de changer le climat», a ainsi déclaré le sénateur américain Jim Inhofe, président de la commission de l’Environnement, dans l’hémicycle. « Le climat a toujours changé, relisez les conclusions archéologiques […] La Bible en parle ». Véritable croyance ou absurde ironie, ces déclarations ne présagent en rien l’abandon de la course effrénée productiviste vers une nécessaire réorientation écologique. Tout juste ont-il approuvés une première résolution, déposée par le sénateur républicain du Mississipi Roger Wicker, invoquant que le « le changement climatique est réel et n’est pas un canular ».

        Le cinquième rapport du GIEC (à lire: http://les-hiboux.fr/news/giec-ecologie-climat-environnement/), publié fin 2014, a pourtant rappelé qu’il ne restait que très peu de temps avant que la possibilité de contenir l’objectif crucial des 2 degrés ne disparaisse. Pire, le message aurait pu être encore plus fort, si l’on en croit les révélations du Washington Post, qui avance qu’ « une des parties les plus importantes du rapport a été enlevée à la dernière minute lors des négociations à Copenhague”. Jugées trop contraignantes, deux pages auraient été retirées, qui stipulaient une « interférence dangereuse de l’homme sur le système climatique ».

        L’alerte énergétique, formulée en France à l’assemblée nationale par Jean Marc Jancovici rappelle l’épuisement des ressources mondiales et ses effets inéluctables sur nos modèles économiques. La montée des phénomènes extrêmes et de ces nouveaux réfugiés climatiques est de plus en plus perceptible et coûteuse. Un consensus politique sur le long terme et un accord contraignant constituent les fondements essentiels de notre avenir climatique. La récente victoire des républicains aux élections de mi-mandat fait pourtant craindre un recul du récent volontarisme affiché par Barack Obama. De quoi s’inquiéter de l’âpreté des négociations en fin d’année à Paris.

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One thought on “Les nouveaux réfugiés climatiques

  1. sacha

    Pour faire écho à l’article: la situation n’a toujours pas changée, on est bien à l’aube d’un nouveau patron météorologique global en Amérique du Nord à cause du changement climatique :

    – L’ouest (Vancouver) a battu des records de chaleur vieux de 120 ans !
    – Le Québec a eu un mois de Juin plus frais que le mois de Mai. Ce n’était jamais arrivé dans l’histoire de la météo.

    Tout ça a cause du vortex polaire perturbé par les anomalie de chaleur sur la côte ouest, qui redescend sur le québec.

    Reply

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