Quand la ville voit la vie en vert

        Engagées dans une course contre la montre face aux grands défis du développement durable, les villes contemporaines doivent réadapter leur environnement urbain. La mise en valeur du végétal au sein des approches architecturales se développe pour répondre aux externalités grandissantes (pollution, bruit, déperditions énergétiques, risques pour la santé, etc.) auxquelles les habitants sont de plus en plus confrontés. Davantage de « vert » dans nos grands ensembles contribuerait au bien être, à l’efficacité énergétique et à la productivité au travail des citadins.
L'Hôtel Parkroyal à Singapour et sa forêt tropicale en plein coeur de la ville

L’Hôtel Parkroyal à Singapour et sa forêt tropicale en plein coeur de la ville

        Equiper sa toiture de végétaux, la technique n’est pas nouvelle (on se souvient des jardins suspendus de Babylone) mais revient à la mode tant ses bénéfices pour le milieu urbain sont importants, tout en réalisant des économies conséquentes. Opérateur de l’Etat pour la transition écologique, l’ADEME prône dans sa feuille de route stratégique une ville post carbone, aux impacts environnementaux et sanitaires minimes et accès sur le développement des énergies renouvelables. Dans ce contexte, les toitures végétales représentent un atout de taille pour répondre à ces objectifs et une efficacité à tous les étages de la vie urbaine.

10 régulations urbaines essentielles apportées par les toitures végétales

Les toitures végétales apportent de grands avantages en espace urbain.

Santé. Les toitures végétales permettent une régulation naturelle de la qualité de l’air en réduisant les taux de monoxyde et dioxyde de carbone. Outre son apport en oxygène, ces toits filtrent les polluants atmosphériques, fixent les poussières et les pollens, et purifient l’air dans le bâtiment concerné.

Energie. La toiture végétale régule la température à l’intérieur de l’habitat, été comme hiver, permettant une économie d’énergie estimée à 20%.

Isolation. La performance du confort thermique est indéniable avec un toit végétal. L’isolation phonique est également un précieux avantage dans les milieux urbains très bruyants : la terre végétalisée est un des meilleurs isolants acoustiques, elle absorbe parfaitement les ondes sonores, atténuant les bruits d’environ 50db. L’étanchéité est bien supérieure aux toits classiques.

Environnement. Ce type d’installation permet de lutter très efficacement contre l’effet de serre, qui asphyxie les villes. Une membrane de toiture exposée au soleil peut atteindre une température de surface de 65 °C, alors que la même membrane recouverte de végétaux demeure à une température de 15 à 20 °C.

Urbanisme. La gestion des flux d’eaux de pluie est grandement facilitée par une filtration et une épuration biologique. Annuellement, un toit végétal pourrait absorber jusqu’à 50 % de la quantité d’eau tombant sur les toits, permettant ainsi une réduction des coûts de traitement de l’eau de 5 à 10 %.

Ecologie. Les toitures végétales entrainent très rapidement un regain de vitalité et de biodiversité, permettant aux équilibres de se récréer dans des zones urbaines ou la biodiversité est souvent malmenée par les activités humaines.

Esthétique. L’insertion harmonieuse du bâti dans son environnement redonne aux habitant une fierté esthétique, propre au développement de projets communs.

Bien être. Les toitures végétales contribuent à rendre la ville plus « calme » et apaisante, moins stressante. Les habitants retrouvent une certaine harmonie urbanisme-nature, grâce à un climat propice aux rapprochements, aux connections positives entre les individus.

Efficience. En milieu professionnel, l’environnement végétal a démontré une amélioration de la productivité au travail, par une meilleure ambiance redonnant du cœur à l’ouvrage. Selon un rapport de la direction régionale de l’équipement d’Ile de France (DREIF) en 2009, « l’espace vert extérieur crée aussi un climat propice aux rencontres et aux bonnes relations entre les employés et contribue à augmenter la productivité de ses occupants de 5 à 15 % ».

Cohésion sociale. Une ville davantage « verte » permet une réappropriation commune d’un espace urbain, d’un idéal, d’un lien social. L’envie de repartager ensemble un lieu de vie, qui est agréable à tous, permet de retisser un lien entre les citoyens d’une même ville. Cela peut contribuer à redonner un sens à la vie politique de la cité et sa démocratie participative, souvent mis à mal par un individualisme régulièrement constaté à la hausse.

Quand la ville voit la vie en vert

Des constructions écologiques d’envergure dans les villes du monde

        Peu à peu dans les nouvelles sociétés du monde, l’homme « moderne » des grands ensemble standardisés prônés par Le Corbusier se projette en tant qu’homme « durable », au centre d’éco quartiers, responsable et acteur de son propre environnement. Il s’implique davantage dans la démarche, conscient du bien être qu’il peut s’octroyer, tout en développant un sentiment d’appartenance à la communauté du monde. De grands projets architecturaux, récompensés dernièrement par de prestigieux prix internationaux, montrent la voie d’une écologie urbaine qui respire à nouveau et invitent à se reconnecter avec la nature. Certes bien aidés par des budgets importants, ces initiatives favorisent l’émergence d’une vision verte à long terme, dont les avancées bénéficient aux collectivités aux moyens plus restreints.

Nanyang technological University, Singapour

Nanyang technological University, Singapour

         L’ambition affichée par Singapour dès les années 1960 de créer une cité jardin se concrétise aujourd’hui par une ville à la pointe de l’écologie urbaine. Au cœur de l’Asie où la pollution et l’urbanisme anarchique font des dégâts de santé publique, la ville a récemment inauguré 54 hectares de jardin en plein centre ville. Les prestigieux et innovants bâtiments en matière de toit végétal ne passent pas inaperçus à Singapour, avec son Marina Barrage ou encore son université Nanyang technological. Les architectes malaisiens Hamza et Leang ont réalisé des prouesses bioclimatiques en imaginant un parc urbain vertical. Le Solaris, autre immense bâtiment de 16 étages en centre ville, a vu une augmentation du bien être de ses employés « moins malades, plus productifs et tout simplement mieux-portants » (« Singapour, lettre d’une cité-monde« , blog Le Monde).

        La végétation luxuriante du Parkroyal Hôtel lui donne des airs de véritable jungle avec ses jardins en quasi-suspension : « se côtoient une collection variée de plantes qui abritent de manière discrète des systèmes de récupération et de recyclage d’eau de pluie, ainsi que des capteurs d’énergie solaire destinés à fournir en énergie à une partie de l’hôtel » (« A Singapour, le Parkroyal Hotel possède une véritable forêt tropicale », gentside.com).

Vue du Parkroyal, à Singapour.

Vue du Parkroyal, à Singapour.

         Située place de l’Europe en plein cœur de Lausanne en Suisse, la station de métro Flon présente une architecture végétale comportant mur et toit sur 400 m2, pour des résultats visuels et énergétiques impressionnants. A Milan, Bosco verticale est une réalisation immobilière contenant à chaque étage une véritable forêt, constituée d’arbres et d’arbustes, petites plantes aux pouvoirs anti-polluant.

        La collaboration fructueuse entre architectes, botanistes et spécialistes de l’énergie verte sur ces deux tours de 80 et 112 mètres de haut, bâties en plein centre-ville, révolutionne une approche de l’écologie urbaine de plus en plus appréciée et efficace. Bosco Verticale, Milan.

        A Turin, l’architecte Luciano Piano a dirigé la construction d’une oasis en plein centre-ville où s’incorporent 150 arbres et 50 espèces de plantes dans une série d’habitations (https://mrmondialisation.org/une-maison-foret-en-pleine-ville/).

métro-Flon

La station de métro Flon à Lausanne, Suisse.


Bosco verticale, à Milan.

Bosco verticale, à Milan.

Un urbanisme durable vital pour l’avenir

        Le rayonnement international de ces constructions écologiques entraîne de nouveaux progrès technologiques et inspirent la mutation de plus en plus d’agglomérations urbaines. Autour de la démarche HQE lancée en 2004, les labels se sont multipliés en France afin de répondre à des critères énergétiques, écologiques, paysagers et durables. Composée de logements collectifs, la cité Wagner à Mulhouse constitue un exemple lieu de vie écologique grâce à des constructions certifiées « Habitat et Environnement ».

        S’étalant sur 10 hectares, ses toitures et pergolas végétales, son ossature, façades et menuiseries en bois font de cet éco quartier un exemple frappant de développement urbain durable. Eco quartier, cité Wagner à Mulhouse.

        En île de France, le conseil général soutient par une aide financière les particuliers dans leurs projets de toiture végétale. En 2014, la ministre du logement Sylvia Pinel a dévoilé la labellisation de 19 éco quartiers dans 13 régions de France pour un total de 23 307 logements construits ou rénovés.

        Des initiatives multiples viennent fleurir nos espaces bétonnés et goudronnés, tout en équilibrant les fluctuations de températures et en captant le CO2 à la source. Elles ouvrent également la perspective d’une production agricole urbaine à des populations souvent novices dans le domaine de l’agriculture, comme le montre le développement du concept d’autonomie alimentaire dans les villes du monde. Ainsi, à Paris, la production de fruits et légumes commence à envahir les toits sous l’impulsion de mouvements associatifs (https://mrmondialisation.org/ces-potagers-envahissent-les-toits-de-paris/).

        Un contexte vert qui, malgré les investissements, peut s’avérer très rapidement rentable pour la société dans son ensemble. Les dépenses de santé, d’énergies, d’aménagement sont très réduites dans les grands ensembles verts. Alors que de lourds investissements sont toujours consacrés aux énergies fossiles, aux société du bâtiment, et pour palier les nuisances urbaines, une vision verte à long terme doit s’imposer tant elle est vitale et économe pour notre avenir.

Les villes du futur en réflexion

Planches d'esquisses de ce à quoi pourrait ressembler Paris en 2050.

Planches d’esquisses de ce à quoi pourrait ressembler Paris en 2050.

        Une dynamique dans laquelle doivent s’inscrire nos villes du futur. Le projet des « Smarts Cities » élabore actuellement la vision de nos villes en 2050, post carbone, post fossile, post nucléaire, capable de réduire 75% de ses gazs à effet de serre d’ici le milieu du siècle. L’étalement urbain horizontal, l’asphyxie automobile font de Paris une ville hyper-énergivore qui nécessite de repenser d’urgence la ville en tant qu’écosystème durable. L’architecte Vincent Callebaut, qui travaille actuellement sur le projet des Smarts Cities au côté de la mairie de Paris, veut impulser ce changement de modèle urbain nécessaire :

        « Notre planète bleue représente un territoire fini et nos ressources naturelles ne sont pas inépuisables. Tout le monde le sait depuis 10 ans! Qu’attendons-nous alors pour changer véritablement ? ». Vincent Callebaut, architecte, interviewé par architecture urbanisme.fr.

        Transformer la capitale en dés-asphyxiant le centre ville et rapatriant une nature nourricière en son cœur, tel est le véritable challenge. De nouvelles typologies de tours mixtes à énergie positive et la transformation de bâtiments en jardins suspendus posent les bases de ce renouveau architectural. « Cette végétalisation par des balcons potagers et des vergers communautaires sera très efficace pour lutter contre l’effet d’îlot de chaleur urbain et pour bio-climatiser notre ville aujourd’hui trop imperméable et dont le climat va augmenter de 2 degrés d’ici les 35 prochaines années », avance l’architecte. De quoi nourrir encore les réflexions tant attendues de la conférence climat à Paris en fin d’année.

4 thoughts on “Quand la ville voit la vie en vert

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  2. MELO

    Du végétal sur les constructions, peut-être, mais arrêtons le béton et de détruire les espaces naturels et agricoles ….

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